ON PEUT RêVER (POéSIE LIBRE RIMéE)
La Terre était bien triste et se plaignit à l’Arbre :
« Oh ! Toi qui es si fort, ô roi des végétaux,
Tu vois autant que moi l’inéluctable fin
Où les Humains ingrats, dévorés d’ambition,
Nous précipitent tous, me laissant épuisée.
J’ai beau cracher le feu, déchaîner l’Océan,
Secouer les Cyclones, affoler les Saisons,
Ils sont aveugles et sourds, habités de névrose.
Comment toucher leur cœur, éveiller leur prudence ?
Dans ta grande sagesse, aurais-tu quelque idée ?
Et l’Arbre réfléchit ; il n’était pas de marbre
Face aux maux de la Terre qu’il voyait de là -haut.
Tant de cadeaux précieux gaspillés par l’Humain
Entraînant au déclin toute la Création !
Si c’était moins sérieux, on en ferait risée !
Il appela le Vent, du lointain Occident :
« Je te dérange, Ami, pour de bonnes raisons.
Tes fils impétueux n’ont pu changer grand-chose
À la course de l'Homme après sa décadence.
Dans ta grande sagesse, aurais-tu quelque idée ?
Le Vent reprit son souffle. Que pourrait-il bien faire
Pour aider, un peu tard, notre pauvre planète ?
Il venait de l’Ouest où résidait la Pluie.
Cette illustre pleureuse a bien des aptitudes !
Même en étant petite, elle était très capable
D’abattre une tempête ; un adage le dit.
Pour elle, c’est un jeu, juste une passe d’armes.
À l’amie de toujours, le Vent fait un message :
« On a besoin de toi ; sache que c’est urgent.
De ta grande sagesse, on espère une idée. »
La Pluie capte l’appel et quitte son repaire.
Du secours à offrir, elle n’a pas l’idée nette.
Elle écoute le Vent lui narrer son ennui.
« Tu le sais ; je partage aussi vos inquiétudes
Devant les excès de l’Humanité coupable.
Je peux juste éplorer ; c’est là mon seul crédit.
- Justement, répond l’Arbre ; si je verse des larmes,
Les Hommes s’émouvront et deviendront plus sages.
- Il faudrait, dit la Pluie, qu’ils soient intelligents !
Ma ‘’sagesse’’ a peut-être une meilleure idée.Â
Invite donc l’Oiseau. Que le règne animal
Prenne une part active à cette rédemption.
Et la Pluie d’expliquer à l’Arbre abasourdi,
Au Vent déconcerté, son plan exceptionnel.
L’Oiseau mandé s’en vint, s’agripper des deux pieds
Sur l’Arbre familier où le Vent, à mi-voix,
Exposa leur projet, fomenté brillamment
Par la Pluie tout émue, prête à verser un pleur.
« Merveilleux, dit l’Oiseau. Le Ciel soit avec nous !
Cette idée, vraiment, est pleine de sagesse. »
Dans ce monde perdu où plus rien n’est normal,
Chaque Humain, jeune ou vieux, saisi par l’émotion,
Assista en direct au spectacle inédit
Dont voici le récit, fabuleux, irréel :
L’Arbre prit une feuille, cueillie à son houppier ;
L’Oiseau prit une plume, à son aile de soie ;
L’Arc-en-ciel écrivit, de ces deux éléments
Et le Vent suspendit l’ S.O.S en couleurs
Au firmament, sous l’œil des Humains à genoux...
De cette étrange idée, renaquit la sagesse.
Camille MALCOTTE-GEHENOT |  |
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