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L'OISIVETÉ
Dans la vaste cité qu'on nomme Caractère,
Vivait l'Oisiveté, d'un abord attrayant.
Déshabillés de soie, captivant maquillage
Faisaient d'elle une perle au fallacieux éclat.
Elle accueillait au lit l'incroyable parterre
D'amants tous bien nantis qui, en se relayant,
L'entretenaient, charmés par son libertinage,
Et pouvaient la quitter, quand ils en étaient las.
Un beau jour, elle tenta d'attirer le Courage,
Sachant que son travail lui rapportait beaucoup.
Il fut d'abord tenté ; sa mère, la Vaillance,
Eclaira sa lanterne : elle veillait au grain !
Notre belle enfanta, des amants de passage,
De dignes descendants qui accrurent son coût,
Bouches à sustenter : la passive Indolence,
L'incurable Paresse, l'Avidité sans frein...
L'Oisiveté vieillit et subit les sévices
De l'Oubli aux aguets qui succède au succès.
Ainsi, l'Oisiveté fut mère de tous les vices,
Ses enfants sans attraits, contraints à maints excès.
| Camille MALCOTTE-GEHENOT |  |
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